Une retraite spirituelle bouddhiste en Thaïlande

9 Juil

Au vue de la longueur de cet article, je l’ai séparé en deux parties, voici ci-dessous la première partie! Merci de noter que le sujet concerne l’expérience vécue de la retraite, un autre article sera rédigé sur le contenu des enseignements. Bonne lecture!

Voici mon récit d’une expérience étonnante.. une retraite dans un monastère thaïlandais!

Introduction

Depuis très longtemps, cette expérience me tentait. Aller à la découverte de moi-même dans un lieu où tout est fait pour se centrer sur soi, se découvrir, loin du tumulte de la vie quotidienne. Allez, c’était donc décidé : je vais faire une retraite de méditation dans un monastère et je vais carrément aller dans un pays bouddhiste pour être au plus près de Bouddha ;-). Après quelques recherches sur internet, c’est décidé : ce sera le monastère de Suan Mokkh en plein coeur de la Thaïlande pour une retraite de méditation de 10 jours. En visitant le site internet, coup d’oeil sur les règles de vie :

– interdiction de parler pendant 10 jours, silence complet!

– rester dans le périmètre du centre pendant toute la retraite

– interdiction de tuer tout ce qui est vivant (incluant les moustiques, ce qui est vraiment un challenge là-bas) – pas d’activités sexuelles – pas de drogues, sachant que la cigarette, le café et l’alcool sont des drogues 😉

– séparation hommes/femmes

– deux repas par jours végétarien, un le matin, un à midi

– interdiction d’écouter ou de jouer de la musique, de lire, d’écrire en dehors des périodes d’enseignements et de porter des bijoux, de regarder la télé et bien évidemment d’utiliser son portable

– réveil tous les matins à 4h au son du gong

– programme de la journée : Yoga (un peu), enseignements bouddhistes (un peu plus) et méditations (beaucoup!!)

Bref, parfait, ça m’a l’air super, c’est décidé j’y vais! Je remarque qu’ils ne prennent pas d’inscriptions sur internet, il faut aller sur place le jour précédant le début de la retraite pour s’inscrire.. Ah d’accord.. je m’imagine déjà faire 10 heures d’avion pour arriver au monastère et qu’on me dise que tout est complet.. mais non allez soyons positif, je pose mes vacances et j’attends avec impatience le moment de partir, fin octobre 2014 pour la retraite qui aura lieu les 10 premiers jours de novembre 2014. Il est possible d’arriver un jour( le 30) avant le jour des inscriptions (le 31) et de dormir dans le monastère, c’est ce que je vais faire pour être dans les premiers arrivants. En en parlant autour de moi, incroyable comme les réactions divergent.. ça va du  » quoi!! pas de portable, ni télé!! mais t’es malade, moi je tiendrais jamais!!! au  » 10 jours sans parler… je te donne pas deux jours avant d’abandonner! » en passant par mon chef qui me compare au Dalaï Lama et qui pense que je vais revenir avec une toge et pieds nus. Ma copine accepte mon voyage mais je sens qu’elle est en train de se dire : encore un de ses délires 🙂 Néanmoins, elle respecte mon choix.

Le voyage

Ca y est, c’est parti. Depuis Genève, vol sur Bangkok, puis vol interne jusqu’à la ville de Surat Thani en plein centre de la Thaïlande. Arrivé au petit aéroport qui se trouve en pleine forêt à quelques dizaines de kilomètres de la ville, pas de taxi, pas de bus. Un type me demande où je vais, il a un espèce de « pick-up taxi ». Je lui réponds : le monastère de Suan Mokkh, il a l’air un peu surpris mais me prend dans son pick-up pour une trentaine de kilomètres. Tout d’un coup, il me dit que nous sommes arrivés et s’arrête au bord de l’autoroute, sur un parking avec quelques stands de nourriture. OK.. un parking au bord de la route.. des stands..et de la forêt… beaucoup de forêt. Je trouve l’entrée du monastère où m’attend un moine assez âgé à la réception. Son anglais est pour le moins approximatif mais il comprend à mon sac à dos que je viens pour la retraite, il me prend mon passeport, fais une copie et me dit d’attendre à côté. Quelques personnes sont aussi là en train d’attendre. En faisant connaissance, on se rend compte que nous venons des quatre coins du monde : allemands, espagnols, américains, japonais, russes, suédois, etc..Au bout de 30 minutes, un moine vient nous chercher et nous sépare, filles d’un côté, garçons de l’autre pour nous emmener vers nos dortoirs respectifs. On arrive donc avec une dizaine de gars dans une petite maison de bois sur 2 étages et le moins nous dit : « c’est là, au premier étage, installez-vous et bonne nuit ». On entre dans la pièce : vide, juste une armoire au fond remplie de moustiquaires et de couvertures. Chacun s’installe donc à même le sol avec des couvertures et une moustiquaire par personne. Après ce long voyage, je me dis qu’il est temps de prendre une bonne douche.. je croise un moine qui m’indique où c’est.. j’y vais, j’ouvre la porte et un grand bassin d’eau m’attend avec une écuelle à côté. C’est donc parti pour ma première douche « monastique » avec un savon et une écuelle d’eau. Simple, rafraichissant, économique et rapide. Bon, c’est sûr que c’est plus facile à mettre en place dans un pays où il fait plus de 30 degrés toute l’année, je vous l’accorde. Le reste de la soirée est très sympa, on fait connaissance et on va ensuite se coucher pour se lever tôt le lendemain matin afin d’être les premiers à l’inscription. Au matin, le réveil est difficile. Avec le décalage horaire, la fatigue du voyage, la chaleur et le « lit » improvisé, je ne suis pas au top de ma forme mais quand même assez impatient de découvrir ce qui m’attend. Une personne nous appelle et nous dit qu’il peut nous amener au deuxième monastère, celui où se déroule la retraite, distant d’environ 2 kilomètres du monastère principale où nous avions dormi. On se retrouve à 5 ou 6 dans le pick-up en faisant totalement confiance à cet inconnu.

Dans le vif du sujet

5 minutes plus tard, nous arrivons au centre. Nous sommes reçus par la personne qui sera responsable de nous pendant le séjour, un homme pour les hommes, une femme pour les femmes. Il nous donne un petit document à lire qui explique bien ce qu’est une retraite et que si nous ne sommes pas d’accord avec cela mieux vaut partir tout de suite. Ensuite, un petit entretien d’une dizaine de minutes avec un des enseignements (et également prof de yoga) a lieu. Ce type rayonne d’une énergie folle! Il m’interroge brièvement sur mes motivations et sur ce que je fais dans la vie puis me dit de passer au bureau. Là, ça y est.. on entre dans le vif du sujet : Merci de déposer vos téléphones portables, ordinateurs et autres IPad et tous vos appareils électroniques, même les appareils photo. Je règle les 50 CHF demandés pour les 10 jours  (pour la nourriture uniquement, le logement et les enseignements sont offerts) et on me donne les clés de ma chambre. J’arrive dans l’endroit réservé aux chambres des hommes. Il s’agit d’un alignement de petites pièces qui forment un grand carré avec un espace de verdure au milieu. Je tourne la clé et entre dans la pièce…. un lit en béton.. une natte tressée sur le lit.. un « coussin » en bois..une lanterne… et c’est tout. On me donne ensuite une moustiquaire et quelques cintres pour poser mes affaires. Un magnifique Gecko de 30 centimètres me regarde au-dessus de mon lit. Je vais ensuite aux toilettes : une cuvette, une écuelle et un seau d’eau, pas de chasse d’eau, pas de papier. De nouveau de grands bassins pour se doucher munis d’écuelles et d’autres bassins destinés à laver les habits. Pas de robinet, pas d’eau potable, il faut aller à un endroit où l’eau de pluie est récupérée et traitée pour remplir sa bouteille.

Je fais ensuite le tour du monastère.. c’est magnifique! Des temples de méditations, des grandes allées en sable, un temple pour les repas, deux grands étangs avec une île au milieu.  Le rendez-vous est donné : tout le monde se retrouve dans le temple principal en soirée, parfait j’ai le temps de faire une sieste. Le temple est superbe, complètement ouvert, en pleine forêt et recouvert de sable. Chacun choisit une place et reçoit un tapis de sol et un coussin. Nous recevons quelques instructions sur le déroulement de la retraite et autres informations (ne vous baladez pas pied nu la nuit, il y a des cobras.. ah ok) et ensuite tout le monde regagne sa chambre pour la première nuit. Début du silence total. Le seul instant où il sera possible, si on le souhaite, de rompre ce silence sera lors d’entretiens avec des moines aux 3ème et 8ème jour. Je ne saisirai pas cette opportunité. Je me retrouve donc dans mon lit à 21h avec extinction des feux à 21h30. Passé cette heure, pour avoir de la lumière, soit vous avez une lampe de poche, soit vous allumez la lanterne fournie avec bougie et allumettes qui fait un peu film d’horreur. Je me demande comment je vais faire pour dormir sur un lit en béton et un coussin en bois. Impossible de se tourner, ça fait trop mal à la tête, il ne reste donc plus que la position toute droite, à plat. Finalement, je m’endors… et me réveille 2 heures plus tard pour aller aux toilettes. Je sors de ma chambre, grosse tempête, il pleut des cordes, je prends ma lanterne et me dirige vers les toilettes en tâtonnant. Mais qu’est-ce que je fais là? en pleine forêt thaïlandaise, sur un lit en béton avec une tempête rugissante.. je regagne ensuite mon lit et me rendors.

Le lit de ma chambre - retraite spirituelle bouddhiste

Le lit de ma chambre

 

La journée de retraite type

3h45 du matin, le gong retentit. Ca va, je m’attendais à un son hyper puissant qui te fait sortir du lit en moins de deux mais non, un moine sonne le gong pendant 15 minutes, de plus en plus fort jusqu’à ce que tout le monde soit réveillé. Pas le droit de rester endormi sous peine de se faire secouer par notre responsable qui ensuite ferme l’accès aux chambres. J’ai mal partout, au dos et surtout à la nuque à cause de ce maudit coussin en bois. On nous a dit que c’était pour que les participants n’aient pas envie de rester au lit, c’est réussi! Silence complet entre nous. Etonnant de croiser des gens sans rien dire, surtout avec ceux avec qui j’avais discuté la veille. Le matin commence avec un « morning reading », un des participants lit un texte bouddhiste. C’est irréel et incroyable : chacun est assis sur son coussin et son tapis sur le sable, la nuit est totale, seules quatre grosses bougies éclairent le temple à chaque extrémité. S’ensuit une demi-heure de méditation assise, puis viens la séance de yoga entre mecs dans un autre temple. C’est la première fois de ma vie que je fais du yoga. Le prof est celui qui m’avait interviewé à mon arrivée, il est petit, asiatique et d’une souplesse incroyable. Pendant les 10 jours, nous aurons ce cours de yoga tous les matins avant le petit déjeuner. Les postures s’enchainent, j’aime bien. Pour terminer, nous effectuons des mouvements de Thai-Chi. A la fin de la retraite, un des participants, prof de Thai-Chi, m’expliquera que nous avions fait en 10 jours ce qu’il enseignait à ses étudiants en 6 mois!

 

Le hall de yoga - retraite spirituelle bouddhiste

Le hall de yoga

 

Après le yoga, une heure de méditation puis arrive l’heure du petit déjeuner. Chacun prend un bol et nous mangeons une mixture à base de riz et de légumes, c’est très bon. C’est à cet instant que je me rends vraiment compte du silence : c’est la première fois de ma vie que je mange avec d’autres personnes dans un silence complet! On entend uniquement le bruit des bols et des cuillères en métal.  C’est également à cet instant que je me rends compte du nombre de participants : nous sommes une centaine, équitablement divisés entre hommes et femmes. Ensuite viens l’heure de la théorie, le Dhamma, l’enseignement du Bouddha par un moine bouddhiste. Celle-ci fera l’objet d’un prochain article mais en gros, pour débuter, on nous dit de nous concentrer sur notre respiration. Chaque fois qu’une pensée apparaît, ne pas la suivre mais revenir à chaque fois sur la respiration. Se concentrer sur ses sensations corporelles, bref être totalement présent à nous-mêmes dans l’instant présent. Ayant déjà souvent pratiqué la méditation en salle, je trouve l’exercice plus ardu notamment en raison de l’omniprésence des moustiques qui sont très virulents! Je suis déjà complètement dévoré dès le premier jour. Le moine nous dit que c’est une bonne chose, qu’il faut ressentir la douleur sans s’y attacher, mouais facile à dire! Nous continuons avec la méditation debout qui consiste à être totalement présent à ses sensations corporelles pendant la marche. Chacun peut donc se promener sur tout le site librement pour s’entraîner seul. Viens ensuite le repas de midi, en général, du riz mélangé avec des légumes mais plus consistant et épicé que le matin ainsi qu’un dessert assez bizarre et gluant 🙂 mais c’est toujours délicieux. En tournant la tête vers le bâtiment voisin, j’aperçois des singes sur le toit, quel dépaysement! Après le repas vient le moment des tâches ménagères. A notre arrivée, chacun a pu choisir une tâche précise à effectuer tous les jours. En ce qui me concerne, c’est ramasser avec un râteau les feuilles tombées d’un grand arbre en compagnie d’un Autrichien ayant la quarantaine. Expérience également étonnante de travailler en compagnie d’une personne sans lui parler, sans le connaître et en communiquant par signes :-). Pas de chance pour les derniers arrivés, il ne restait plus que la tâche que personne ne voulait faire : nettoyer les toilettes. Pourtant, les moines disent que c’est la meilleure des tâches car nettoyer les toilettes, pour eux, c’est comme nettoyer son esprit, je vous laisse méditer là-dessus 🙂

L'arbre à feuilles mortes - retraite spirirituelle bouddhiste

L’arbre à feuilles mortes

 

Le programme de l’après-midi consiste en une alternance de théorie bouddhiste, de médiations assise et debout puis de chants avec un moine qui doit avoir la trentaine. Parler avec lui est une chance incroyable… il ne possède qu’un bol et deux toges et mendie son repas tous les jours au village d’à côté. Il me dit que tous les problèmes viennent du matériel, et vu qu’il ne possède rien, il n’a aucun problème! ça donne à réfléchir..Il nous enseigne aussi plusieurs théories bouddhistes. Un de ses enseignements me frappa particulièrement. Il expliqua que beaucoup de personnes venaient dans ce monastère pour trouver un sens à leur vie, trouver pourquoi ils étaient sur cette terre, quelle était leur mission. Sa réponse fut d’une simplicité bouleversante : Il n’y a que deux buts dans la vie à poursuivre et aucun autre : être heureux et rendre heureux les autres. Quiconque n’ayant que ces deux buts dans la vie vivra la plus belle vie qui soit et sera comblé. Wow… La fin de l’après-midi voit arriver le moment du thé ou du chocolat chaud. Des chauves-souris traversent le temple. Puis nous avons un moment pour nous doucher, laver nos habits ou prendre un bain dans une source chaude. Le soir, de nouveau méditation assise puis un moment magique : la méditation debout de groupe. Nous suivons tous au clair de lune le jeune moine en file indienne. La lune éclaire les étangs, tout est calme, nous sommes comme seuls au monde. J’adore ce moment du soir, juste avant de se coucher. Le mercredi, nous entendons des clameurs et de la musique venant de la plage à quelques kilomètres, des vacanciers font la fête.. le décalage avec notre défilé silencieux est saisissant. Nous regagnons ensuite nos chambres et nous endormons tous après l’extinction des feux. Ce programme sera le même durant les dix jours de la retraite, le seul jour où le programme changera sera le neuvième durant lequel nous n’aurons qu’un seul repas dans la journée. Chacun pourra choisir ce qu’il veut faire de manière individuelle, sans horaire (méditation assise ou debout). Fin de la première partie.

Plus d’infos sur la retraite à Suan Mokkh :Suan Mokkh Monastry

7 thoughts on “Une retraite spirituelle bouddhiste en Thaïlande

  1. Sawasdee Vince,

    Merci pour votre excellent reportage.

    Prés de 2ans après cette superbe expérience,considérez-vous qu’elle a « changé » le cours de votre vie?

    Vous « attachez/libérez-vous » à suivre depuis lors l’enseignement du Moine: ?

    En début de texte,vous dîtes être allé à la rencontre de Bouddha, dans ce temple.Considérez-vous aujourd’hui que Bouddha est partout?

    Merci de votre attention et peut-être à vous lire.

    Bonne route,sous la protection du Très Haut et toute ma fraternité.

    Pascal aka Chôkdâne (France).

  2. Bonjour Chôkdâne,
    Je vous remercie chaleureusement pour votre commentaire.
    Pour répondre à votre question, je dirais que oui, quelque part cela à changé ma vie dans le sens où les buts de ma vie me paraissent plus clair, notamment aider les gens, d’où la création de ce blog :-). J’essaie de mettre en pratique le plus possible les enseignements reçus. Cette retraite m’a en tout cas permis de faire le point sur beaucoup de choses dans ma vie, comme si j’avais mis le bouton pause quelques jours en prenant du recul.
    Je considère qu’une « présence divine » est en chacun de nous tous, maintenant qu’on l’appelle Bouddha, Dieu ou autre finalement peu importe.
    Je vous souhaite tout le meilleur pour la suite et vous remercie encore.
    Vincent

    • Bonjour Vincent,

      Merci d’avoir pris le temps de me répondre.

      Je viens de lire la 2ème partie de votre récit,tout aussi intéressant que la 1ère (rassurez-vous héhé je ne vous poserais pas d’autres questions).

      Que puis-je vous souhaiter de meilleur pour votre chemin de vie sinon d’être heureux et de rendre les autres heureux,ce que vous a recommandé si sagement votre moine Thaïlandais.

      Cordialement,

      Pascal.

  3. Pingback: Suan Mokkh - une retraite bouddhiste en thailande - suite et fin

  4. Bonjour Vincent,
    Je suis à la recherche d’un lieu de « retraite » en Thaïlande, pour méditer, et éventuellement m’initier au qi gong (etc.).
    Auriez-vous une adresse à me recommander ?
    Le lieu que vous avez choisi semble très épanouissant mais les règles y sont trop strictes pour moi.
    Je vous remercie par avance pour votre reponse.
    Nathalie

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